Je remercie pour son accueil la communauté "Ecrire"...
Ci-dessous une première
histoire...
Depuis quelques jours Marina ne mangeait plus. Aucun, parmi ses proches n’avait su la persuader de prendre quelque nourriture. Sur les
rives du canal Saint-Omer, elle observait les allées et venues, ne sachant trop que faire pour échapper à la prison qu’elle avait elle-même construite. En aval, monta la sirène d’un navire qui
annonçait son passage prochain sur l’écluse de Sainte Berthe. En amont, la ville, quant à elle s’endormait, indifférente, comme chaque jour à l’heure de la sieste. Jamais Marina n’aurait envisagé
un tel dénouement ; jamais elle n’aurait cru que ce chemin qu’elle venait de suivre l’amènerait ici, sur le bord de ce cours d’eau, à attendre elle ne savait trop quoi.
Du haut de ses quinze ans tout accomplissement semblait réalisable ; toute tentative, tout essai méritait d’être vécu, mais pour ce qui est de celui-là, elle ne savait que penser. Victor, son ami le plus cher, avait bien tenté de la suivre sur ses chemins escarpés mais au dernier moment, il s’était détourné d’elle ; il lui avait dit qu’il l’aimait… pourtant… Mais ici, était le constat d’un échec !
Assise sur le bord du quai, elle observa le courant de l’eau à ses pieds ; les rayons du soleil se reflétaient dans l’onde, mais bien peu en réalité de cette clarté lui parvenait. Elle se leva et vit au loin s’approcher le navire annoncé ; gros cargo, il dégageait une fumée grise qui obscurcissait l’atmosphère.
Elle se remémora toutes ces journées passées, à retourner la situation dans un sens ou dans l’autre, à intriguer pour que les choses prennent la tournure qu’elle désirait ; elle réalisait que son savant calcul l’avait conduite à une impasse. Fallait-il qu’elle meure pour échapper à ce sinistre, à ce tourment ?
Sur le bord de la rive, s’approcha un homme en gris ; étrangement vêtu, il arborait un vieux costume dont la coupe paraissait remonter au siècle dernier. Son chapeau montrait des rebords cornés et ses yeux, que recouvraient d’épaisses lunettes de vue, semblaient agrandis par un effet de loupe. À sa main, une canne se balançait et sa démarche hésitante traduisait tous les critères de la timidité. Surprise, Marina observa ce personnage qui avançait ; celui-ci était si pittoresque que malgré sa tristesse, la jeune fille sentit un sourire monter sur ses lèvres.
— Bonjour mademoiselle…
— Oui, bonjour monsieur…
— Voici bien deux heures que je vous observe, car je n’ai rien de mieux à faire. Je vous vois ici, comme portée par le désespoir le plus grand, envahie par le chagrin alors que la jeunesse vous porte et que le soleil brille pour vous…
Ça y est, pensa-t-elle, j’ai affaire à un taré !
— Non je ne suis pas fou, répondit l’homme à cette réponse muette, mais pourquoi faudrait-il que votre regard s’attarde sur l’ombre alors que le jour vous crie sa lumière ?...
Etonnée, elle observa son interlocuteur. Malgré son aspect de débile, il ne manquait pas perspicacité.
Celui-ci poursuivit :
— Retournez vers ceux qui vous aiment et n’accordez pas aux incidents de la vie une importance qu’ils n’ont pas. Retournez vers eux et comprenez que tout se dissout dans le temps et que ces petits tourments n’ont que l’importance que vous leur donnez. Repartez avec un sourire dans votre cœur, et ainsi, c’est avec un sourire d’amour que vous serez accueillie par vos proches.
Marina observa cet homme dont les yeux sous ses grosses lunettes étaient comme embués ; il venait de trouver une faille au fond d’elle, une faille qui permettait au bonheur de remonter. Ce visage, face à elle, lui adressa un sourire puis se détourna et disparut.
Au loin, sur le canal, le cargo s’éloignait, emportant avec lui ses dernières bribes de fumée opaque.
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