Les peurs apparaissent comme des systèmes de préservation de soi qui agissent par anticipation sur un danger potentiel. Souvent issues d’un conditionnement, d’une circonstance vécue qui nous a mis en péril, elles peuvent devenir de véritables handicaps qui nous maintiennent dans un état de stress chronique et nous empêchent de gérer correctement les situations de notre vie.
Prenons le cas d’un claustrophobe. Il se trouve coincé dans un ascenseur et commence à paniquer. Une émotion (une peur) s’élève en lui (probablement provoquée dans ce cas par une mémoire du passé, et cela même s’il n’a pas de souvenir précis à ce sujet car la source de la peur peut être présente dans le subconscient).
Pour lui, ici, la question primordiale est de trouver le moyen de la dépasser et non pas de définir ce qui la provoque. Car de la même façon que l’analyse des germes provoquant une maladie n’en donne pas le remède et ne soigne pas, déterminer la cause d’une peur ne permet pas de s’en libérer.
Il faut qu’ici, il fasse une démarche intérieure, et cela à l’instant même où la peur survient, quand elle est présente en lui. Plutôt que de paniquer et de
taper comme un fou contre les cloisons de l’ascenseur, ce qui traduirait une fuite de la réalité, fuite de l’émotion qui le fait souffrir — émotion elle-même provoquée par l’anticipation sur un
péril possible, imaginaire dans ce cas —, il est préférable qu'il reste présent à son émotion dans son ressenti intérieur.
Si la peur est ressentie avec une trop grande intensité, il peut essayer de l'approcher. C'est-à-dire de se mettre progressivement dans la situation qui provoque la peur afin de ressentir cette
émotion monter doucement en lui. (Sans se mettre en danger physiquement, bien sûr.)
On pourrait effectivement penser que le simple fait de lui dire de se raisonner devrait être suffisant (en le mettant par exemple devant l’évidence que le danger n’existe pas dans ce cas-là ; et qu’au pire il devra attendre un peu que l’on vienne le tirer de cette position inconfortable). Mais par expérience, je crois que même si cette approche peut aider, elle est loin d’être suffisante car le raisonnement fait appel à la logique, à l’intellect alors que les peurs trouvent leurs sièges sur un autre plan de soi.
Il est sans doute préférable qu’il reste présent à cette émotion, plutôt que de la fuir ; non pas pour l’analyser ou la disséquer (ce qui ferait appel à l’intellect), mais dans l’acceptation tout simplement.
C’est sur l’émotion elle-même qu’il faut porter l’attention.
La cause de la peur (on est enfermé dans l’ascenseur et on anticipe un péril) et la peur elle-même (l’émotion ressentie en soi) sont deux choses bien distinctes. Nous les associons dans notre esprit car dès que survient la situation qui provoque la peur, nous réagissons toujours sur la base du même conditionnement, de la même mémoire. Mais ce n’est pas inéluctable. Pour s’en persuader, il suffit de constater que ce qui nous effraie ne provoque pas forcément la peur chez d’autres.
En d’autres termes, ce n’est pas la situation elle-même qui est en cause mais notre fragilité.
C’est une façon très puissante de "travailler" sur soi, une façon qui nous renforce et en ce sens nous rend moins fragile.
En fait, il n’y a pas véritablement de remède à trouver contre la peur, car elle n’a de siège que sur les plans superficiels de soi. Il ne s’agit pas de la
combattre, de la bloquer, de feindre de l’ignorer... mais de la dépasser... ainsi que nous le confirme le maître bouddhiste (tibétain) Chogyam Trungpa. Mais entendons bien ce que je veux dire par
"dépasser la peur": Je ne dis pas qu'il faut dépasser la peur, je dis que lorsqu'on l'accepte, quand on s'ouvre à elle, cette attitude nous aide (nous amène) à la dépasser. En ce sens, "dépasser
la peur" ne constitue pas une action à accomplir.
Cela peut sembler trop simple comme approche pour être efficace, mais ça marche ! et même si, dans cette façon d’aborder la peur, le résultat dans les premiers temps semble
minime, le chemin est correct ! on amène ainsi cette conscience de "non peur" (en soi) à refaire surface.
Qui ne porte pas du tout de peur au fond de lui ? même les personnes les plus dures... Souvent ce sont celles-là qui connaissent les peurs les plus fortes, mais elles ont érigé un
bouclier, une armure qui leur permet de se protèger mais qui, bien sûr, en même temps les coupent de leur sensibilité. Il semble même qu'à plus le bouclier est épais, à plus ce qui est à protèger
est fragile.
En ce sens, c'est une chance de connaître la peur, car, par "le travail" que l'on fait dessus c'est une opportunité d'ouverture vers une conscience plus large. C'est vraiment une chance...
J’ai écrit une histoire à ce sujet : Voir dans la catégorie Histoires courtes : «Le montre »
Similitude avec des textes anciens :
Une Upanishad :
« La peur est fille de la dualité »
Ce qui signifie que pour qu’il y ait peur, il faut qu’il y ait rupture en soi, (qu’il y ait dualité) et qu’en ce sens la peur ne peut résider que sur la "surface" de soi.
Saraha (un maître du Mahamudra):
« Si tu peux, indifféremment, accepter ou rejeter le Nirvana et le Samsara, alors tu seras libre ! »
Cette citation souligne que ce que l’on accepte en soi ne nous enferme plus… et c’est la raison pour laquelle la peur se dissout lorsqu’elle est acceptée.
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.
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